Les étapes du deuil :
ce que vous allez vraiement traverser
Vous avez peut-être entendu parler des cinq étapes du deuil : le déni, la colère, le marchandage, la dépression, l’acceptation. Ce modèle, celui d’Elisabeth Kübler-Ross, est le plus cité, le plus repris, le plus connu.
Il est utile. Et il est incomplet.
Parce que le deuil, dans la réalité, ne ressemble pas à un escalier que l’on monte marche après marche. Il ressemble davantage à des vagues. Et si personne ne vous le dit, vous risquez de croire que vous le traversez mal, alors que vous le traversez, tout simplement.
Table des matières
Ce que le modèle Kübler-Ross dit et ce qu'il ne dit pas
Les cinq étapes ont été décrites dans les années 1960 par la psychiatre Elisabeth Kübler-Ross, à partir de son travail auprès de patients en fin de vie. Elles ont depuis été largement appliquées au deuil dans son sens large : la perte d’un proche, d’une relation, d’une situation.
Ces étapes sont réelles. Elles correspondent à des mécanismes psychologiques documentés. Mais deux choses que le modèle ne dit pas clairement :
Elles ne se suivent pas dans l’ordre.
On peut traverser la colère avant le déni. Revenir à la dépression après avoir cru atteindre l’acceptation. Passer d’une étape à une autre dans la même journée.
Elles ne concernent pas tout le monde de la même façon.
Certaines personnes traversent certaines étapes très brièvement. D’autres ne les traversent pas toutes. La durée et l’intensité varient considérablement selon les individus, la nature de la perte et le contexte de vie.
La recherche contemporaine en psychologie du deuil, notamment les travaux de George Bonanno sur la résilience, confirme ce que beaucoup de personnes endeuillées ressentent : le deuil est un processus non linéaire, qui va et vient, et qui ne suit pas de calendrier préétabli.
Une image souvent utilisée par les professionnels de l’accompagnement pour décrire cette réalité : les vagues et le ressac. Il y a des moments où l’on avance, comme la mer qui monte sur le sable, puis on recule, mais rarement aussi loin que la fois d’avant. Des moments où les vagues arrivent en plein visage, sans prévenir. Et des moments où on les surfe.
Ce que le choc fait au corps et qu'on sous-estime
Le deuil est d’abord décrit en termes émotionnels. Il est aussi, et souvent en premier, une expérience physique.
Dans les premières heures et les premiers jours, les personnes endeuillées décrivent fréquemment : une sensation physique de douleur dans la poitrine, une difficulté à respirer normalement, la disparition de l’appétit, des troubles du sommeil importants. Se réveiller, au début, c’est réapprendre la nouvelle et certaines personnes redoutent ce moment au point d’éviter de dormir.
Le choc peut aussi prendre la forme d’une sidération : une absence apparente d’émotion, une impression de fonctionner en mode automatique. Ce n’est pas de l’indifférence. C’est un mécanisme de protection que le système nerveux met en place pour permettre au corps et à l’esprit d’absorber progressivement une réalité trop lourde à intégrer d’un coup.
Le déni, première étape du modèle Kübler-Ross, peut lui aussi prendre des formes inattendues. Il ne s’agit pas toujours de refuser de croire au décès : parfois, on sait rationnellement que la personne est morte et on ressent pourtant quelque chose qui ressemble à de l’attente. Une petite voix. Un réflexe comme tendre la main pour envoyer un message, commencer une phrase à voix haute avant de se souvenir. Ces moments ne sont pas des signes de fragilité. Ils sont des signes que l’attachement était réel, et que le cerveau met du temps à reconfigurer ce qu’il a appris pendant des années.
"Je sais que ce n'est pas vrai. Mais pour le moment, ça me fait du bien d'y croire. Donc je sais que je crois quelque chose de faux et pour l'instant c'est comme ça que je survis."
Les semaines qui suivent : ce que personne ne voit
L'écart entre l'extérieur et l'intérieur
L’une des réalités les moins dites sur le deuil est celle-ci : beaucoup de personnes endeuillées donnent, de l’extérieur, l’image de quelqu’un qui tient, qui gère, qui avance. Parfois par choix, parfois par réflexe, parfois parce que la situation l’exige : les enfants, le travail, les démarches.
À l’intérieur, l’état peut être radicalement différent.
Cet écart entre ce qu’on montre et ce qu’on ressent est épuisant. Il peut aussi créer de l’isolement : l’entourage voit quelqu’un qui va bien, et ne propose plus d’aide. Alors que le besoin est intact, ou a simplement changé de forme.
Agir pour ne pas ressentir et ce que ça coûte
Dans les premiers jours, l’action peut devenir une forme de refuge. Gérer les démarches administratives, organiser, prévenir, lister, … autant d’activités qui occupent le cerveau et permettent de ne pas rester seul face à la douleur.
Ce mécanisme est compréhensible et souvent nécessaire à court terme. Mais il peut aussi décaler le début du processus de deuil. Les professionnels de l’accompagnement observent régulièrement ce phénomène : les personnes qui ont beaucoup « agi » dans les premières semaines peuvent traverser une phase de deuil intense plusieurs mois plus tard, une fois que l’adrénaline et l’urgence se dissipent.
Ce n’est pas un problème en soi, c’est une information utile. Si vous vous reconnaissez dans ce schéma, il peut être précieux de ne pas attendre que l’effondrement arrive seul, et de chercher un accompagnement avant.
L'épuisement physique : la facture que le corps présente
Le deuil fatigue. Pas seulement émotionnellement mais aussi physiquement, profondément.
Les troubles du sommeil persistent souvent bien au-delà des premières semaines. L’appétit reste perturbé. Le corps fonctionne sous tension, avec des ressources réduites. Les professionnels de santé constatent fréquemment, chez les personnes endeuillées, des carences nutritionnelles, une immunité affaiblie, des douleurs physiques diverses, parfois plusieurs mois après le décès, lorsque le corps « lâche » ce qu’il avait mis en veille.
Si vous traversez un deuil et ressentez des signaux physiques persistants : vertiges, épuisement profond, douleurs, perte de poids, consultez un médecin. Ce n’est pas accessoire. Le corps a besoin d’être pris en charge au même titre que l’esprit.
Les déclencheurs : ce qu'on n'anticipait pas
On s’attend à être affecté par les grandes dates : l’anniversaire, les fêtes, les moments qui avaient du sens dans la vie partagée. Ce qui surprend davantage, ce sont les déclencheurs ordinaires.
Une chanson entendue par hasard. Un objet qui traîne à sa place habituelle. Un geste automatique : tendre la main vers le téléphone pour envoyer un message, ouvrir la porte en appelant. Ces micro-ruptures du quotidien peuvent déclencher une vague d’une intensité inattendue, précisément parce qu’elles touchent aux automatismes les plus profonds, ceux qu’on ne savait pas qu’on avait.
Certaines personnes décrivent leur premier vrai effondrement non pas le jour du décès ou de l’enterrement, mais lors d’un moment banal, plusieurs jours ou semaines après, quand le corps et le cerveau ont enfin un peu de place pour laisser venir ce qui avait été mis de côté.
Ce n’est pas un retard dans le deuil. C’est souvent son vrai commencement.
Ce que le quotidien devient
Le deuil réorganise le quotidien dans ses dimensions les plus concrètes. Et pas seulement en retirant les tâches que faisait l’autre, en modifiant aussi celles qu’on faisait soi-même, désormais assumées dans un contexte différent, souvent en plus du reste.
Les décisions peuvent devenir un territoire particulièrement difficile. Ce qui se prenait à deux (des choix concernant les enfants, le logement, le travail, des arbitrages quotidiens) doit désormais se prendre seul. Sans le regard de l’autre, sans la possibilité d’être contredit ou rassuré.
La relation à l’entourage change aussi. Le besoin d’être entouré et le besoin de solitude peuvent coexister, alterner, se contredire. Certains proches s’éloignent parce qu’ils ne savent pas quoi dire. D’autres sont très présents au début, puis progressivement moins. Naviguer dans ces changements de relation demande une énergie qu’on n’a pas toujours.
Les moments de légèreté et la culpabilité qui peut suivre
Il arrive, parfois très tôt, de rire. De passer un bon moment. D’oublier, brièvement.
Ces moments peuvent s’accompagner d’un sentiment de culpabilité, comme si bien se sentir trahissait la personne décédée, ou signifiait qu’on ne l’aimait pas assez.
Ce sentiment est compréhensible. Il est aussi infondé.
Les moments de légèreté font partie du deuil. Ils ne l’interrompent pas, ils coexistent avec lui. La tristesse et la joie ne s’excluent pas. Et pour les personnes qui ont des enfants, ces moments arrivent souvent grâce à eux : les enfants restent connectés à la vie, au présent, et ils entraînent avec eux ceux qui les entourent.
L'"acceptation" : une destination ou un mot mal choisi ?
Le modèle Kübler-Ross se termine sur l’acceptation. Comme si c’était l’horizon à atteindre, la preuve qu’on a traversé.
Les personnes qui ont vécu un deuil profond sont souvent en désaccord avec ce mot.
Accepter ne veut pas dire que la perte ne fait plus mal. Cela ne veut pas dire qu’on s’en est remis, qu’on a tourné la page, qu’on va bien. Beaucoup de professionnels de l’accompagnement préfèrent d’ailleurs parler d' »adaptation » plutôt que d' »acceptation« , un terme qui décrit mieux ce qui se passe réellement : on apprend à vivre avec. L’absence devient une réalité intégrée dans la vie, sans disparaître.
Le deuil n’a pas de fin fixée à l’avance. Ce qui évolue avec le temps, c’est le rapport à cette absence, son poids, sa place, la façon dont elle s’installe dans une vie qui continue.
Le conseil de HüG
"Faites-vous confiance, écoutez vos émotions et surtout, ne restez pas seul. Il y a des gens spécialisés dans l'accompagnement de ces moments de vie. Rencontrez-les. Ça ne fait pas moins mal, mais ça fait un peu moins peur."
Blandine, fondatrice de HüG
Ce que HüG propose
HüG est une application conçue pour accompagner les personnes en deuil sur deux dimensions simultanées : les démarches pratiques et le soutien émotionnel.
Sur le plan pratique, HüG génère une checklist personnalisée selon votre situation : ce que vous avez à faire, dans quel ordre, avec les documents nécessaires et les coordonnées des organismes à contacter. L’objectif est de réduire la charge mentale liée à l’administratif pour vous permettre de vous consacrer à ce qui compte.
Sur le plan émotionnel, HüG met à disposition des contenus adaptés à votre situation (guides, témoignages) et facilite la mise en relation avec des professionnels (psychologues, accompagnants au deuil, assistantes sociales) qui peuvent vous accompagner humainement dans cette traversée.
Parce que le deuil se traverse mieux accompagné que seul.
Cet article a été rédigé par HüG, plateforme d’accompagnement après la perte d’un proche.
Si vous traversez un deuil, n’hésitez pas à consulter un professionnel de santé ou un psychologue, un article, même documenté, ne remplace pas un accompagnement humain.
Questions fréquemment posées sur les étapes du deuil
Combien y a-t-il d'étapes dans le deuil ?
Le modèle le plus connu, celui d’Elisabeth Kübler-Ross, en décrit cinq : le déni, la colère, le marchandage, la dépression et l’acceptation. Mais ces étapes ne se suivent pas dans un ordre fixe, et toutes ne se présentent pas forcément. La recherche contemporaine s’accorde sur ce point : le deuil est un processus non linéaire, qui ressemble davantage à des vagues qu’à un escalier.
Est-il normal de ne pas ressentir ce qu'on "devrait" ressentir après un décès ?
Oui, tout à fait. Certaines personnes ressentent une sidération sans larmes. D’autres une forme de déni conscient, elles savent que la personne est décédée mais ne l’intègrent pas immédiatement. D’autres encore ressentent un soulagement, notamment après une longue maladie. Il n’y a pas de façon juste ou fausse de réagir à la perte.
Combien de temps dure le deuil ?
Il n’y a pas de durée standard. Certains parlent d’un à deux ans, d’autres d’une vie. Ce qui évolue avec le temps, ce n’est pas la perte, c’est la capacité à vivre avec. Le deuil ne se termine pas à une date précise. Il se transforme.
Qu'est-ce que le "deuil compliqué" ou "deuil prolongé" ?
On parle de deuil prolongé lorsque l’intensité de la souffrance reste très élevée au-delà d’un an, et qu’elle empêche de fonctionner au quotidien. Ce n’est pas un signe de faiblesse, c’est une indication qu’un accompagnement professionnel peut aider. Un médecin ou un psychologue peut vous orienter.
Peut-on rire ou se sentir bien pendant un deuil sans trahir la personne décédée ?
Oui. Les moments de légèreté, de rire, voire d’oubli temporaire font partie du deuil. Ils ne signifient pas qu’on aime moins, qu’on a oublié ou qu’on est passé à autre chose. Ils signifient que la vie continue et c’est, souvent, ce que la personne décédée aurait souhaité.
L'étape de l'"acceptation" signifie-t-elle qu'on est guéri ?
Non. Accepter ne veut pas dire que la perte ne fait plus mal, ni qu’on s’en est remis. Cela signifie qu’on apprend à vivre avec, que l’absence devient une réalité intégrée, sans disparaître. Beaucoup de personnes endeuillées préfèrent d’ailleurs le terme « adaptation » à celui d' »acceptation ».
Quand faut-il consulter un professionnel pendant un deuil ?
Dès que vous en ressentez le besoin, sans attendre d’être « vraiment mal ». Un psychologue, un médecin ou un accompagnant au deuil peut vous aider à traverser ce processus sans rester seul face à lui.
Si vous observez des signes physiques persistants (troubles du sommeil, perte de poids, épuisement), consultez également un médecin : le corps paie lui aussi le prix du deuil.
Comment HüG accompagne-t-il les personnes en deuil ?
HüG propose un accompagnement qui combine aide aux démarches administratives et soutien émotionnel. L’application génère une checklist personnalisée selon votre situation, met à disposition des contenus adaptés (guides, témoignages) et facilite la mise en relation avec des professionnels : psychologues, accompagnants au deuil, assistantes sociales. L’objectif : alléger la charge pour que vous puissiez vous consacrer à ce qui compte.