hüg

Cérémonie funéraire :
Et si les obsèques ressemblaient vraiment à la personne que vous avez perdue ?

Une rose blanche déposée sur un cercueil. Une musique que tout le monde connaît. Quelques mots prononcés par quelqu’un que la famille n’a jamais rencontré avant ce jour.

Pour beaucoup, c’est ce à quoi ressemble une cérémonie funéraire. Pas parce que c’est ce qu’ils auraient voulu. Mais parce qu’ils ne savaient pas que d’autres choses étaient possibles.

Aurore Sciacca est célébrante funéraire laïque et fondatrice d’Attraversiamo, basée à Bordeaux. Son métier : concevoir et animer des cérémonies d’obsèques sur-mesure, construites avec les familles, à l’image de la personne qu’elles ont perdue. Elle répond à nos questions.

Aurore Sciacca, célébrant funéraire
Aurore Sciacca (c) Studio Pollen

Table des matières

Célébrant funéraire : un métier que beaucoup ne connaissent pas encore

Ce que c'est et ce que ce n'est pas

La confusion est fréquente. Célébrant laïque, maître de cérémonie, officiant religieux, les termes se mélangent. Aurore Sciacca pose les distinctions clairement.

Par rapport à un officiant religieux : « Le célébrant laïque ne représente aucun culte. Tout le monde peut faire appel à nous. Nos rituels sont symboliques, créés sur-mesure avec les familles, et non religieux. Ce qui n’empêche pas de lire un texte religieux lors d’une cérémonie laïque ou de faire un signe de croix au moment du dernier geste si vous le souhaitez.« 

Par rapport au maître de cérémonie des pompes funèbres : la différence est structurelle. Le maître de cérémonie est salarié, il ne peut travailler que pour l’entreprise qui l’embauche, peut conduire plusieurs cérémonies dans la même journée, et dispose donc de peu de temps pour préparer chaque cérémonie avec la famille. Le célébrant indépendant choisit son mode d’accompagnement. Aurore Sciacca, elle, n’accompagne qu’une seule famille à la fois.

Un métier sans cadre légal, ce que ça implique

Le métier n’est pas réglementé. « N’importe qui peut se déclarer célébrant funéraire« , reconnaît Aurore Sciacca. « Mais pouvoir le faire ne veut pas dire savoir le faire. Il ne suffit pas d’écrire un hommage et de prendre la parole en public. Le métier demande d’être capable d’une réelle écoute active auprès des familles, de savoir les guider dans l’organisation de la cérémonie.« 

Elle a choisi de se former à la Coopérative funéraire Syprès à Bordeaux, et d’obtenir en parallèle le diplôme national de Maître de cérémonie funéraire, pour maîtriser à la fois la relation d’aide et la législation funéraire. « Les deux ont vraiment été complémentaires pour moi, je ne me verrai pas pratiquer sans l’une ou sans l’autre.« 

Pour une famille qui recherche un célébrant, la question de la formation est donc légitime à poser. Ce n’est pas un critère légal, mais c’est un indicateur sérieux.

Un métier très récent en France

Aurore Sciacca pratique depuis moins d’un an. Et elle le dit sans détour : « Je ne suis même pas certaine qu’il y avait des célébrants funéraires indépendants il y a dix ans en France. C’est sans doute ça la réelle évolution : l’arrivée de ce métier et de nouvelles propositions autour du funéraire.« 

C’est précisément cela qui rend le sujet important à traiter aujourd’hui : les familles qui auraient voulu bénéficier de cet accompagnement ne savaient pas, et souvent ne savent toujours pas, qu’il existe.

Comment se construit une cérémonie sur-mesure

Le premier contact : apprendre à se connaître avant de travailler ensemble

Quand une famille contacte Aurore Sciacca, la première étape est un échange téléphonique ou visio gratuit. « Pour apprendre à nous connaître et vérifier que leurs besoins correspondent à mes compétences. » Si les deux se rencontrent, la famille signe un devis et un premier rendez-vous est organisé en deux temps : recueillir les envies et les besoins pour construire le déroulé de la cérémonie, et apprendre à connaître le défunt pour rédiger l’hommage.

Apprendre à connaître quelqu'un qu'on n'a jamais rencontré

C’est peut-être la partie la plus singulière de ce métier. Comment raconter la vie d’une personne qu’on a jamais rencontré, à travers les mots de ceux qui l’aimaient ?

« Il y a des familles qui savent déjà très bien ce qu’elles veulent et d’autres qui sont complètement perdues« , explique-t-elle. « J’ai plusieurs manières pour explorer la vie du défunt. Parfois les familles sont très bavardes et les lancer sur un déroulé chronologique suffit à récolter de multiples histoires et détails. Mais la plupart du temps, il faut tester différentes portes d’entrée : les lieux, les valeurs, les relations, les hobbies… Jusqu’à trouver celle qui va leur permettre de s’ouvrir à moi et me dépeindre qui était le défunt. »

Du premier jet à la cérémonie : une semaine en moyenne

Pour des obsèques, le délai est en moyenne d’une semaine. Dans les 24 heures qui suivent le rendez-vous, Aurore Sciacca envoie un premier jet du déroulé et de l’hommage. Des allers-retours suivent, plus ou moins nombreux selon les familles. La veille de la cérémonie, un point final est fait pour s’assurer que tout est prêt.

Le sur-mesure : ce que ça veut dire concrètement

Les musiques et le dernier geste d’adieu reviennent dans presque toutes les cérémonies, mais ils peuvent se décliner de mille façons différentes.

« Il y a des musiques très classiques comme Le Paradis blanc de Michel Berger et de plus originales comme Le Tango corse. Il y a des derniers gestes traditionnels comme déposer une rose blanche sur le cercueil et d’autres plus inattendus, mais tellement pleins de sens, comme déposer un carré de chocolat sur le cercueil d’un défunt gourmand.« 

Et c’est souvent la célébrante qui doit inviter les familles à oser. « Combien de fois ai-je entendu Il adorait cette musique mais bon, c’est trop joyeux pour un enterrement. Mon rôle c’est aussi les aider à se donner l’autorisation d’imaginer une cérémonie qui fait sens pour eux et leur défunt sans s’enfermer dans des codes qui ne sont pas les leurs.« 

Durée et coût : ce qu'il faut savoir

Une cérémonie dure généralement entre 30 minutes et une heure, parfois davantage pour une cérémonie à domicile. La durée dépend souvent du lieu.

Le coût de la prestation d’Aurore Sciacca est de 800 euros. Ce montant inclut l’animation de la cérémonie, mais aussi la co-conception, la rédaction de l’hommage, les entretiens, la coordination avec les pompes funèbres et le lieu, ainsi qu’une disponibilité complète pendant toute la semaine de préparation. « Une sorte d’astreinte« , dit-elle, parce qu’elle n’accompagne qu’une famille à la fois. Aurore Sciacca propose égalementla rédaction d’hommage seule ou la conception de la cérémonie sans l’animation, ce qui peut être une solution pour réduire les coûts. 

Il est important de noter, également, qu’un célébrant, de la même manière qu’un officiant religieux, ne peut pas organiser une cérémonie d’obsèques sans les pompes funèbres qui elles conservent obligatoirement et légalement tout l’aspect logistique et administratif. C’est, donc, un vrai travail collaboratif entre ces deux acteurs.

Ce que HüG observe : ce coût est distinct des prestations des pompes funèbres, il s'y ajoute. Il est utile de l'intégrer dans le budget global des obsèques dès que la décision de faire appel à un célébrant est envisagée.

Ce que ça change pour les familles

Ce que les familles disent après

Les retours qui reviennent le plus concernent l’humain, pas la logistique. « Elles ont apprécié trouver une écoute et un soutien. Souvent, elles disent que rien que pour cela, le premier entretien leur fait déjà un bien fou.« 

Ce qui touche le plus : « Quand on arrive à retranscrire parfaitement qui était leur défunt en mots. » Pas une biographie générique, une voix, des détails, une façon de raconter quelqu’un qui lui ressemble.

« Ils ne se sentent pas uniquement dans une relation commerciale, de service, mais aussi dans le partage. Ils sentent qu’ils ne sont pas qu’un numéro, ce qu’ils ont souvent pu vivre avec d’autres cérémonies.« 

La cérémonie comme premier pas dans le deuil

Au-delà de l’hommage rendu au défunt, la cérémonie a une fonction que l’on sous-estime souvent : elle marque le passage. « On passe d’un monde à un autre. Un monde avec l’être cher et un monde sans, physiquement du moins« , explique Aurore Sciacca. « Si l’on peut dire au revoir et rendre hommage durant la cérémonie, le premier pas dans le monde d’après, celui où débute le deuil, sera un peu plus doux. Ça ne signifie pas que ce sera facile ou rapide. Mais une belle cérémonie peut mêler de belles émotions à la douleur.« 

Ce que HüG observe : les familles qui ont vécu une cérémonie préparée avec soin, qu'elle soit laïque ou religieuse, décrivent plus souvent un sentiment d'avoir pu "vraiment dire au revoir". Ce sentiment ne résout pas le deuil, mais il en change le point de départ.

Les situations difficiles : familles recomposées, proches brouillés, décès brutal

La cérémonie n’est pas toujours un moment apaisé. Familles recomposées, héritiers en conflit, décès brutal sans préparation, autant de situations qui complexifient le travail de la célébrante.

« La compétence phare qui permet de s’adapter, c’est l’écoute. Et un petit peu d’autorité, pour guider les familles et les cadrer sans pour autant être autoritaire. Pouvoir saisir les enjeux autres autour de la cérémonie, ce qui se joue pour la famille en parallèle.« 

Et les enfants ?

Aurore Sciacca ne dispose pas de retours directs sur l’effet des cérémonies personnalisées sur les enfants présents. Mais elle partage une conviction forte : « Il est essentiel que les enfants puissent faire le choix d’assister aux obsèques de leurs proches. Et même plus, il est nécessaire de les inclure, s’ils le souhaitent, à la préparation de la cérémonie : lire un poème, choisir une musique, dessiner sur le cercueil, mettre un objet dans le cercueil… À mon sens, cela permet de reconnaître l’importance de la relation du défunt avec l’enfant et de rendre plus concret cet au revoir.« 

Le métier de l'intérieur

Comment on tient, émotionnellement

C’est la question que tout le monde pose. Comment fait-on ce métier sans s’épuiser ?

« Je suis bien entourée. J’ai plusieurs espaces de supervision et d’intervision avec des professionnels du funéraire et du deuil, et un suivi psychologique. Tous ces espaces me permettent de déposer ce qui pourrait être trop lourd.« 

Mais c’est un rituel personnel qu’elle décrit qui dit peut-être le mieux comment elle vit ce métier.
« J’ai une petite jarre sur mon bureau où après chaque cérémonie, je glisse un cœur en bois sur lequel j’ai écrit le nom du défunt que j’ai accompagné ce jour-là. C’est mon petit rituel personnel pour lui dire au revoir également et merci. Parce que finalement, l’émotion qui prédomine pour moi dans ce métier, c’est la gratitude. Je suis infiniment reconnaissante et touchée par la confiance que me font les familles pour les accompagner dans un moment si délicat.« 

L'idée reçue qui agace le plus

Les gens pensent que ce métier est terriblement triste. « Ce qui m’agace, c’est quand je réponds que ce métier est un choix et que je m’y épanouis et m’y sens utile, et qu’on insiste en disant que tout de même, ça doit être horrible. Oui, ce métier me confronte à la détresse des endeuillés. Mais mon travail a un impact puissant, les cérémonies sont souvent très belles et la reconnaissance des familles est très gratifiante. Et chaque jour dans ce métier me rappelle à quel point la vie est courte et imprévisible, alors j’en profite encore plus, dans la joie.« 

La question économique : peut-on en vivre ?

Sans détour : « Tous les célébrants que je connais cumulent cette activité avec une autre activité indépendante ou salariée. De la manière dont je le pratique, une cérémonie à la fois, ce n’est pas viable économiquement en métier unique.« 

C’est un choix assumé, de qualité d’accompagnement et d’équilibre personnel. Mais c’est une réalité utile à connaître pour les familles qui s’interrogent sur la pérennité du secteur, et pour ceux qui envisagent cette reconversion.

Ce que vous devez savoir avant de faire appel à un célébrant

Pour qui ?

Une cérémonie laïque n’est pas nécessairement adaptée à toutes les situations. « Je pense qu’elle n’est pas adaptée pour une famille très croyante et très pratiquante, une cérémonie religieuse aura plus de sens. Cependant, les deux ne sont pas incompatibles.« 

La seule vraie contre-indication, selon Aurore Sciacca : « Si l’on n’a pas envie de rendre hommage à son défunt, pour une raison ou une autre. Alors s’investir émotionnellement dans une préparation de cérémonie laïque sur-mesure n’a pas tellement de sens.« 

Comment choisir : laïque, religieux, ou les deux ?

« Écoutez les volontés du défunt. Et s’il n’en avait pas, écoutez les vôtres. Et si c’est très difficile de choisir, peut-être qu’il ne faut pas choisir ? Comme pour un mariage, il est tout à fait possible de faire les deux, elles peuvent très bien se compléter et répondre à des besoins et envies différents.« 

Le mot de la célébrante

"Je m'adresse à celles et ceux qui ressentent le besoin de plus, de mieux ou de différent. Qui veulent se sentir accompagnés à chaque moment jusqu'aux obsèques, qui veulent pouvoir inventer leur propre manière de dire au revoir, qui veulent laisser la place à tous les proches de participer à la cérémonie à leur manière. Il n'y a aucune injonction à faire appel à un célébrant laïque. Mais il y a une nécessité d'avoir la possibilité de changer."

Ce que HüG propose

HüG accompagne les personnes endeuillées dans leurs démarches pratiques et leur soutien émotionnel, y compris dans la préparation des obsèques. L’application facilite la mise en relation avec des professionnels du deuil formés et engagés, dont des célébrants funéraires.

Parce que chaque au revoir mérite d’être à la hauteur de la relation qu’il clôt.

Cet article a été rédigé avec Aurore Sciacca, célébrante funéraire laïque et fondatrice d’Attraversiamo, basée à Bordeaux. HüG  accompagne les personnes endeuillées dans leurs démarches pratiques et leur soutien émotionnel.

Questions fréquemment posées sur le célébrant funéraire

Un célébrant funéraire laïque conçoit et anime des cérémonies d’obsèques, de dispersion des cendres ou de commémorations à la demande des familles. Il ne représente aucun culte religieux et travaille de façon indépendante. Ses rituels sont symboliques et créés sur-mesure avec chaque famille, ce qui n’exclut pas d’intégrer des éléments religieux si la famille le souhaite.

Le maître de cérémonie est salarié d’une entreprise funéraire, il ne peut travailler que pour elle, peut conduire plusieurs cérémonies par jour, et dispose de peu de temps pour préparer chaque cérémonie individuellement. Le célébrant indépendant choisit son mode d’accompagnement et le nombre de familles qu’il accompagne simultanément. Certains célébrants, comme Aurore Sciacca, sont également titulaires du diplôme national de maître de cérémonie funéraire.

Le métier n’est pas réglementé en France, n’importe qui peut se déclarer célébrant funéraire. Mais des formations existent, notamment proposées par des coopératives funéraires. Certains célébrants passent également le diplôme national de maître de cérémonie funéraire. Avant de faire appel à un célébrant, il est légitime de lui demander sa formation et son expérience.

Le tarif varie selon les célébrants et leur mode d’accompagnement. À titre indicatif, la prestation d’Aurore Sciacca est de 800 euros, incluant la co-conception de la cérémonie, la rédaction de l’hommage, les entretiens avec la famille, la coordination avec les pompes funèbres et l’animation de la cérémonie. Ce coût s’ajoute aux prestations des pompes funèbres et doit être intégré dans le budget global des obsèques.

Aurore Sciacca propose également la rédaction d’hommage seule ou la conception de la cérémonie sans l’animation, ce qui peut être une solution pour réduire les coûts.

Oui. Les deux peuvent se compléter et répondre à des besoins différents. Une cérémonie religieuse peut être suivie ou précédée d’une cérémonie laïque, comme c’est parfois le cas pour les mariages. Le choix dépend des volontés du défunt, et à défaut, de celles de la famille.

C’est l’une des convictions fortes des professionnels de l’accompagnement au deuil. La cérémonie marque un passage d’un monde avec l’être cher à un monde sans lui. Quand elle permet de dire au revoir de façon personnelle et signifiante, elle peut rendre ce premier pas dans le deuil un peu plus doux. Elle ne supprime pas la douleur, mais elle peut lui donner un cadre qui aide à avancer.

Le métier étant récent et non réglementé, il n’existe pas encore d’annuaire officiel centralisé. Vous pouvez vous renseigner auprès des pompes funèbres locales, chercher directement en ligne, ou passer par des plateformes d’accompagnement au deuil comme HüG qui facilite la mise en relation avec des professionnels formés.