Deuil et santé :
Ce que votre corps et votre psyché traversent vraiment
Le deuil est souvent décrit comme une épreuve émotionnelle. Il est aussi, et peut-être avant tout, une épreuve physique. Une épreuve que le corps traverse en même temps que l’esprit, parfois différemment, parfois à contretemps, presque toujours en silence.
Cet article rassemble ce que la recherche médicale documente sur les conséquences du deuil sur la santé, et ce que deux thérapeutes (Sophie Barraud-Froget, psychologue clinicienne et Eva Raffier, hypnothérapeute et thérapeute systémique) observent dans leur pratique. Deux regards complémentaires sur une réalité que l’on traverse souvent sans en mesurer l’ampleur.
Table des matières
Ce que les chiffres disent et qu'on ne dit pas assez
Le baromètre CRÉDOC 2025, réalisé avec l’association Empreintes et le Syndicat de l’Art Funéraire, est à ce jour l’étude la plus complète sur les Français face au deuil. 89 % des Français déclarent avoir déjà vécu un décès qui les a profondément affectés.
Les conséquences sur la santé sont documentées et massives. 10 % des endeuillés déclarent avoir contracté une maladie ou vu une pathologie s’aggraver, avec un diagnostic médical dans 84 % des cas. 40 % déclarent avoir augmenté leur consommation d’alcool ou de tabac, 47 % celle de médicaments, et 57 % celle de nourriture. Six personnes sur dix rapportent souffrir d’épisodes dépressifs, et une sur cinq confie avoir eu des pensées suicidaires.
11 % des endeuillés sont susceptibles de souffrir d’un trouble du deuil prolongé, reconnu depuis 2022 dans le DSM-5, le manuel de référence international en santé mentale.
Ces chiffres ne sont pas là pour alarmer. Ils sont là pour nommer une réalité que beaucoup traversent seuls, sans l’identifier comme un enjeu de santé.
Ce que le deuil fait au corps
Le syndrome d'adaptation : quand le stress devient physiologique
Quand on perd un proche, le corps déclenche une réaction physiologique intense. Le stress provoqué par cette perte mobilise des hormones comme le cortisol et l’adrénaline, qui, en excès, fragilisent le système immunitaire et augmentent le risque de troubles physiques.
Ce phénomène s’explique aussi par la somatisation : un processus où les émotions refoulées ou non exprimées se traduisent par des symptômes corporels. Une douleur musculaire persistante ou une fatigue inexpliquée peuvent ainsi refléter le poids émotionnel de la perte.
Le système immunitaire fragilisé
Des chercheurs de l’université d’Arizona ont analysé les liens entre deuil et système immunitaire dans une méta-analyse couvrant 41 ans de travaux. Ils constatent que les personnes en deuil ont des niveaux d’inflammation élevés, une expression défectueuse des gènes des cellules immunitaires et une réactivité réduite des anticorps.
Ce résultat a une implication concrète : de précédents travaux montrent que le deuil augmente le risque de mort prématurée : une étude atteste que la perte d’un époux augmente significativement le risque de décès, en particulier dans les 7 à 12 mois suivants. (Étude de 1995, publiée dans Psychosomatic Medicine.)
Les symptômes physiques les plus fréquents
Les personnes endeuillées décrivent fréquemment des troubles du sommeil, une perte d’appétit, une fatigue profonde, des douleurs physiques diffuses (thoraciques, musculaires) et une difficulté à respirer normalement dans les premiers jours.
Ce que Sophie Barraud-Froget observe : « Pour des patients pour qui exprimer ses émotions n’est pas chose habituelle, la plainte sera initialement centrée sur le corps. Ils parlent de leurs difficultés liées au sommeil, à la fatigue, à faire le tri dans leurs idées, une impression de brouillard. D’autres vont manifester leur plainte par des symptômes émotionnels : sentiment de vide, abattement, colère, irritabilité.«
Eva Raffier complète depuis son angle systémique : « Quand on traverse un deuil, on subit la douleur psychologique, mais aussi physique. Il arrive que le corps déclenche des douleurs (tensions musculaires, céphalées), des insomnies. Parfois, on laisse ce corps un peu à l’abandon parce que les pensées et ruminations prennent toute la place.«
Le syndrome du cœur brisé : quand le stress affecte le cœur
Le syndrome du cœur brisé est une pathologie cardiaque qui se manifeste par une déformation du ventricule gauche, donnant au cœur une forme ressemblant à celle d’une poterie japonaise appelée Tako-Tsubo (« piège à poulpe »).
Il survient généralement après un choc émotionnel intense, comme un deuil, une rupture, une agression ou une situation de stress aigu.
Les causes exactes du syndrome du cœur brisé ne sont pas encore élucidées, mais il semblerait qu’il soit lié à une suractivation du système nerveux sympathique, qui libère des hormones du stress (adrénaline, noradrénaline) suite à un événement traumatisant. Ces hormones provoquent une vasoconstriction des artères coronaires qui irriguent le muscle cardiaque, et une toxicité directe sur les cellules myocardiques, qui se contractent de façon anormale et s’affaiblissent.
Les personnes les plus touchées sont principalement de sexe féminin (plus de 80% des cas), de plus de 60 ans, et dans la moitié des cas, il y a des antécédents de troubles psy (dépression, anxiété, trouble de stress post-traumatique).
L'effondrement différé : quand le corps présente la facture
Il n’existe pas de réaction générique au deuil. Sophie Barraud-Froget l’affirme clairement : « Il n’y a finalement aucune réaction générique. Il n’est pas possible de dire qu’il n’y a qu’un seul et unique processus de deuil. Chacun a sa propre courbe. Parfois le choc intervient juste après l’événement, pour d’autres personnes il intervient beaucoup plus tard, et parfois il n’intervient pas du tout.«
Ce que la recherche documente cependant : lorsque les symptômes physiques liés au deuil ne sont pas pris en charge, ils peuvent évoluer en problèmes de santé plus sérieux. Le stress chronique peut affaiblir le système immunitaire, augmentant le risque de maladies cardiovasculaires. Les études montrent que le risque d’infarctus est plus élevé dans les mois suivant la perte d’un proche, en particulier chez les personnes âgées ou fragiles.
Ce que le deuil fait à la psyché
Les symptômes dépressifs : nommer sans stigmatiser
Sophie Barraud-Froget pose une distinction essentielle : « Développer des symptômes dits dépressifs suite au décès d’un proche est quelque chose de normal. Être triste, n’avoir envie de rien, se poser des questions sur le sens de la vie, la fatigue chronique, la perte d’appétit, tout cela correspond à des symptômes dépressifs qui, dans le cas de la perte d’un proche, s’inscrivent dans un processus.«
Ce à quoi il faut être attentif, selon elle, « ce n’est pas à la présence ou non des symptômes mais plutôt à leur intensité et leur durée dans le temps. S’ils perdurent et s’intensifient, ils nécessitent une prise en charge spécifique. Au processus de deuil s’ajoute alors une dépression réactive.«
Elle ajoute un point crucial : « Il est également crucial d’évaluer régulièrement le risque suicidaire. Le terme de dépression peut faire peur et, en même temps, poser un diagnostic permet une prise en charge adaptée.«
Le deuil prolongé : quand le processus se bloque
11 % des endeuillés sont susceptibles de souffrir d’un trouble du deuil prolongé, reconnu depuis 2022 dans le DSM-5. Ce chiffre monte à 22 % chez les personnes endeuillées à la suite du décès d’un conjoint ou d’un enfant.
Sophie Barraud-Froget le définit ainsi : « C’est lorsque le processus de deuil est bloqué. La personne reste dans le déni, ou au contraire se sent constamment submergée par ses émotions : l’évocation du défunt provoque systématiquement des émotions incontrôlables. On parle de deuil pathologique lorsque les symptômes perdurent un an après la perte.«
Les profils les plus vulnérables
Selon Sophie Barraud-Froget : « Je pense aux deuils inacceptables parce qu’ils ne sont pas dans la logique des choses : la perte d’un parent quand on est enfant, la perte d’un enfant quand on est parent. La perte d’un parent âgé est toujours douloureuse, mais c’est quelque chose que l’on envisage. La perte d’un enfant est a priori inacceptable, ce n’est pas quelque chose que l’on est censé vivre.«
Elle souligne aussi l’importance du soutien social : « Des personnes isolées ou qui souffrent de difficultés psychologiques sont beaucoup plus vulnérables dans un contexte de deuil. Le soutien social est un facteur indéniable de résilience.«
Les comportements à risque : ce qui s'installe à l'insu
40 % des endeuillés déclarent avoir augmenté leur consommation d’alcool ou de tabac, 47 % celle de médicaments, 57 % celle de nourriture.
Sophie Barraud-Froget confirme : « Le recours à des substances pour gérer sa douleur psychologique est quelque chose que nous voyons souvent. Cela fait partie des questions que l’on pose de manière systématique.«
Sur la conscience de ces comportements : « C’est très variable. Certaines personnes en ont conscience, d’autres pas.«
Eva Raffier identifie d’autres formes de comportements qui compliquent le deuil sans que la personne le perçoive : « Certaines personnes vont éviter tout ce qui rappelle le disparu : elles se débarrassent des affaires, jettent les photos, pensant que l’exposition va les faire davantage souffrir. D’autres vont au contraire en parler sans cesse, chercher du réconfort et raconter encore et encore ce qui s’est passé, ça peut soulager momentanément, mais la douleur revient. Parfois, on se tait pour épargner son entourage, comme si on étouffait la douleur, espérant qu’elle passe.«
Dans son approche systémique, elle nomme ces comportements des « tentatives de solution » : des stratégies que l’on adopte pour gérer la douleur, et qui paradoxalement la maintiennent ou l’aggravent.
Elle ajoute un point sur la quête du sens : « La question du pourquoi va rapidement se poser. Pourquoi elle, lui ? Pourquoi maintenant ? Dans le cas d’un suicide, pourquoi je n’ai rien vu ? Cette quête peut devenir ce qu’en systémie nous appelons une tentative de solution. Comprendre, expliquer, trouver une cause rationnelle est parfois une façon très élaborée de ne pas ressentir. Le sens n’est pas ce qui aide à traverser un deuil, c’est ce qui en émerge.«
Le paradoxe des soins
Il existe un paradoxe documenté : les personnes endeuillées ont besoin de plus de soins médicaux, et en même temps elles consultent moins.
Sophie Barraud-Froget l’explique : « Les personnes endeuillées, en plus de faire leur deuil, doivent aussi gérer tous les aspects organisationnels et administratifs liés à la perte. S’occuper de soi n’apparaît souvent pas être la priorité. Prendre rendez-vous avec un médecin ou un thérapeute, c’est recentrer les choses sur soi : cela peut faire peur. Les patients ont peur d’être submergés s’ils s’intéressent à ce qui se passe en eux, et alors de ne plus pouvoir faire face à leurs obligations, être là pour leurs proches et leurs enfants. C’est la peur de l’effondrement, avec l’injonction : il faut que je tienne.«
Ce que HüG observe : la charge administrative qui s'accumule dans les premiers jours après un décès aggrave ce paradoxe. Les personnes endeuillées n'ont littéralement pas le temps de penser à leur propre santé. C'est l'une des raisons pour lesquelles alléger cette charge est aussi, indirectement, un geste de santé.
Ce que le système familial traverse
Eva Raffier apporte un regard que la clinique individuelle ne voit pas toujours : ce que la perte fait au système familial dans son ensemble.
« Quand un membre de la famille meurt, disparaissent avec lui son rôle, sa fonction au sein du système familial, qui s’en trouve déséquilibré. Ce système va chercher à retrouver son équilibre et peut pousser les membres de la famille à combler le vide laissé par la personne disparue, parfois dans la douleur : un enfant peut endosser une fonction parentale, une sœur peut devenir le soutien émotionnel de l’ensemble de la fratrie sans avoir de soutien pour elle et s’y épuiser.«
Sur la question de « tenir » : « Tenir peut être une bonne chose. Ça devient un problème quand la rigidité et la souffrance s’installent. Un parent qui va devoir tenir le coup pour son enfant peut développer un comportement rigide, un trouble anxieux, parfois une phobie. La question n’est pas tant de savoir s’il faut tenir, mais comment s’autoriser à traverser l’épreuve du deuil.«
Elle ajoute une image pour illustrer la dynamique systémique : « Imaginez un mobile suspendu au-dessus d’un berceau. Chaque élément représente un membre du système, de la famille. Si vous touchez une seule figurine, tout le mobile se met à bouger. Pour qu’un système bouge, il suffit parfois qu’un seul membre change sa façon de réagir.«
Ce qui aide vraiment
L'alliance thérapeutique avant la méthode
Sophie Barraud-Froget est formelle : « C’est surtout le lien patient-thérapeute qui va influer sur l’efficacité de l’accompagnement. Un thérapeute peut être très bien formé mais s’il n’y a pas d’alliance avec le patient, il y a peu de chance que l’accompagnement soit efficace. L’alliance thérapeutique compte pour 35 % dans la réussite d’une thérapie. C’est le facteur le plus important, bien avant la méthode utilisée.«
Sur le premier entretien : « Beaucoup ressentent un soulagement à aborder le sujet des pensées suicidaires, car c’est compliqué pour eux d’en parler avec leurs proches. Ils ont peur de les inquiéter. Le risque suicidaire est important à explorer dès le premier entretien. La croyance veut qu’aborder cette question augmente le risque, c’est tout le contraire : cela vient soulager le patient.«
L'hypnose et le RITMO® pour les deuils traumatiques
Eva Raffier utilise deux approches spécifiques dans l’accompagnement du deuil.
L’hypnose d’abord : « Elle agit à un niveau inconscient, elle permet de contourner certaines barrières qui empêchent d’aller chercher là où les solutions et nos ressources se trouvent, à l’intérieur de nous-mêmes. Cela permet de travailler différemment sur les liens qui rattachent la personne au défunt.«
Le RITMO®, une méthode utilisant des stimulations sensorielles alternées.
Pour les situations traumatiques : « Lorsque l’on vit un deuil difficile, on a l’impression d’être bloqué, comme sidéré. Avec le RITMO®, on remet du mouvement. Ce processus permet d’activer les zones du cerveau impliquées dans le traitement de l’information et de digérer l’événement traumatisant. On peut ainsi reprogrammer la perception de la perte, qui prend enfin sa place dans le passé. On peut alors se souvenir de la personne sans avoir la douleur accablante du début.«
Sur la durée : « On peut déjà obtenir un soulagement en une à deux séances, notamment dans le cas d’un deuil traumatique. Pour d’autres situations, un changement arrive en général autour de 5 séances.«
Le soutien social : le facteur le plus sous-estimé
Sophie Barraud-Froget insiste : « Le soutien social est un facteur indéniable de résilience dans l’expérience du deuil. Nous parlons souvent de santé mentale et physique, mais il faudrait aussi parler de la santé sociale. Le lien à l’autre est la clé, il faut le favoriser.«
Le baromètre CRÉDOC 2025 le confirme : une personne en deuil sur deux s’est sentie isolée après un décès, une proportion qui atteint 63 % chez les 18-29 ans.
Quand orienter vers un professionnel
Eva Raffier est claire sur les situations qui nécessitent un avis médical : « Quand la personne est potentiellement un danger pour elle ou son entourage (idées suicidaires, conduites à risque) ou qu’elle traverse un trouble dépressif. Ça ne veut pas dire que mon travail s’arrête forcément, mais qu’un suivi ou un avis médical est nécessaire.«
Sophie Barraud-Froget ajoute un message à l’intention des médecins généralistes : « Évaluer le risque suicidaire et les conduites à risque. Éventuellement orienter le patient vers un psychologue ou un psychiatre. »
La croissance post-traumatique : l'autre face du deuil
Le deuil peut aussi, chez certaines personnes, ouvrir vers quelque chose. Sophie Barraud-Froget évoque la résilience : « C’est la capacité qu’ont certains individus à rebondir après une expérience traumatique. Plusieurs facteurs entrent en jeu, un des plus importants est le soutien social. Le fait de se sentir entouré et soutenu est ce qui va principalement permettre aux individus de rebondir.«
Le baromètre CRÉDOC 2025 rappelle cependant que plus d’un tiers des personnes ayant vécu un décès marquant il y a plus de cinq ans en ressentent encore les effets. La croissance post-traumatique ne concerne pas tout le monde, et elle n’efface pas la douleur. Elle coexiste avec elle.
Les conseils des praticiens
Sophie Barraud-Froget : « S’il hésite à consulter, c’est qu’il en a besoin. Et ce qui compte, c’est qu’il se sente en confiance avec le thérapeute. Il le sentira assez rapidement. Parfois c’est seulement avec le troisième thérapeute que l’on rencontre qu’on a le sentiment d’être avec la bonne personne. Il faut persévérer.«
Eva Raffier : « Prendre le temps de traverser ce qu’il y a à traverser. Un deuil est douloureux, et le temps est différent pour chacune et chacun d’entre nous, mais il doit être pris. Il n’y a pas de durée maximale acceptable pour faire son deuil.«
Le conseil de HüG
"Faites-vous confiance, écoutez vos émotions et surtout, ne restez pas seul.e. Il y a des gens spécialisés dans l'accompagnement de ces moments de vie. Rencontrez-les. Ça ne fait pas moins mal, mais ça fait un peu moins peur."
Ce que HüG propose
HüG accompagne les personnes endeuillées dans leurs démarches pratiques et leur soutien émotionnel. L’application facilite la mise en relation avec des professionnels formés à l’accompagnement du deuil comme des psychologues, des thérapeutes ou des accompagnants, pour que chacun trouve la personne avec qui le lien thérapeutique peut se construire.
Parce que traverser un deuil ne devrait pas se faire seul.
Cet article est produit par HüG en collaboration avec Sophie Barraud-Froget, psychologue clinicienne et Eva Raffier, hypnothérapeute et thérapeute systémique. Les données chiffrées sont issues du baromètre CRÉDOC 2025 réalisé avec l’association Empreintes et le Syndicat de l’Art Funéraire, d’une méta-analyse publiée dans Psychosomatic Medicine (université d’Arizona) et d’un article du Collège des Paramédicaux de la Société Française de Cardiologie.
Si vous traversez une situation de détresse, vous pouvez contacter le numéro national de prévention du suicide : 3114 (disponible 24h/24).
Questions fréquemment posées sur le deuil et la santé
Le deuil peut-il rendre physiquement malade ?
Oui. Le deuil déclenche une réaction physiologique intense qui fragilise le système immunitaire, augmente les niveaux d’inflammation et perturbe la régulation hormonale. Des études scientifiques ont montré que les personnes endeuillées présentent un risque accru de maladies cardiovasculaires et d’infections. 10 % des endeuillés déclarent avoir contracté une maladie ou vu une pathologie s’aggraver après le décès d’un proche, selon le baromètre CRÉDOC 2025.
Quelle est la différence entre tristesse et dépression dans le deuil ?
Les symptômes dépressifs (tristesse profonde, perte d’appétit, fatigue, manque d’intérêt) font partie du processus de deuil normal. Ce à quoi il faut être attentif, c’est leur intensité et leur durée. Lorsqu’ils persistent et s’intensifient au-delà d’un an, on parle de deuil prolongé ou de dépression réactive, qui nécessitent une prise en charge spécifique.
Qu'est-ce que le deuil prolongé ?
Le trouble du deuil prolongé est reconnu depuis 2022 dans le DSM-5, le manuel de référence international en santé mentale. Il se caractérise par une souffrance intense qui persiste au-delà d’un an après le décès et empêche de fonctionner normalement au quotidien. Il concerne environ 11 % des personnes endeuillées, et jusqu’à 22 % après la perte d’un conjoint ou d’un enfant.
Pourquoi les personnes endeuillées consultent-elles moins alors qu'elles en auraient plus besoin ?
La charge administrative et organisationnelle des premiers jours laisse peu de place aux soins personnels. S’y ajoute une peur de l’effondrement, la crainte que consulter, c’est s’autoriser à ressentir ce qu’on retient, et ne plus pouvoir « tenir » pour ses proches et ses enfants. Cette peur est compréhensible. Elle peut cependant aggraver les conséquences du deuil sur la santé.
À partir de quand faut-il consulter un professionnel après un deuil ?
Il n’y a pas de seuil à atteindre pour avoir le droit d’être accompagné. Sophie Barraud-Froget le formule ainsi : s’il hésite à consulter, c’est qu’il en a besoin. Des signaux spécifiques doivent alerter : pensées suicidaires, conduites à risque, consommation accrue de substances, incapacité à fonctionner au quotidien. Dans ces situations, un avis médical est nécessaire en urgence.
Qu'est-ce que l'approche systémique apporte dans l'accompagnement du deuil ?
L’approche systémique déplace le regard de la souffrance individuelle vers ce qui se passe dans le système familial autour de la perte. Elle permet d’observer comment les rôles se redistribuent, quelles dynamiques se créent, et comment un changement chez un seul membre peut mettre en mouvement l’ensemble du système. Elle est particulièrement utile pour accompagner les familles dans lesquelles plusieurs personnes traversent le deuil simultanément.
L'hypnose peut-elle aider dans le deuil ?
Oui, notamment pour les deuils traumatiques ou les situations de blocage. L’hypnose agit à un niveau inconscient et permet de travailler différemment sur les liens qui rattachent la personne au défunt. Le RITMO® (proche de l’EMDR) utilise des stimulations bilatérales alternées pour « remettre du mouvement » dans un deuil qui semble figé, et permettre à la personne de se souvenir du défunt sans la douleur accablante des premiers temps.
Comment aider un proche qui traverse un deuil sans savoir quoi dire ?
Sophie Barraud-Froget rappelle que c’est l’alliance (le lien humain) qui compte avant la méthode. Être présent, sans chercher à expliquer ni à consoler avec des formules toutes faites. Demander comment la personne va réellement, et laisser de la place à la réponse. Et ne pas disparaître après les premières semaines : le pic de difficulté n’est souvent pas la première semaine, mais les suivantes, quand l’entourage reprend le cours normal de sa vie.